Olivier Degorce
Olivier Degorce est un photographe documentaire français dont le travail explore depuis plusieurs décennies les scènes musicales, les cultures alternatives et les communautés qui les font vivre. Dès les années 1990, il photographie les nuits parisiennes et l’émergence de la culture rave, au plus près de celles et ceux qui expérimentent de nouvelles formes de fête, de liberté et de sociabilité. Ses images témoignent d’une époque où les frontières entre musique, styles et milieux semblent s’effacer.
Dans le texte qui accompagne cette série, Xanaé Bové revient sur cette décennie des raves et sur ce qu’elle a représenté pour toute une génération :
« 1991–1999 : la décennie des raves correspond à mon second round sur terre, ma deuxième décennie. Un heureux hasard fait coïncider l’âge des premières expériences marquantes avec la découverte d’un nouveau son, d’une nouvelle façon de sortir, de faire la fête, de se droguer — ou pas.
Cette fête me plaît parce qu’elle est multiple, pas encore nommée parce que balbutiante, libre parce que pas encore définie, pas classifiée parce qu’elle échappe aux étiquettes par le mélange qu’elle promet et, hélas, qu’elle promeut par la suite. À l’ère des nineties, c’est l’espace de tous les possibles, de toutes les modalités d’existence. Nous sommes trop jeunes pour être fixés sur des certitudes, trop novices pour être blasés, trop enthousiastes pour ne pas vouloir tout essayer.
Plus que la musique, la « teuf » ou les stimulants, c’est le cross-over, le mélange, qui règne et balaie tout royalement. Je n’ai pas compris tout de suite ce qui arrivait. Je venais du rock et de la new wave, mais j’ai pris la seconde vague, vers le milieu des années 1990, et elle m’a emmenée loin. Je ne me souviens pas de tout, sauf que cela avait un nouveau goût de liberté, de bulle partagée et d’autisme à plusieurs.
Une décennie qui, pour beaucoup d’entre nous, nous a sculptés.
Pour paraphraser l’ami Shakespeare : nous sommes de la même étoffe que nos raves.
Les photographies d’Olivier Degorce sont une immersion parfaite et douce dans cette parenthèse enchantée, encore en chantier ; surtout celles en plan large, où l’anonymat et le mélange des gens et des genres priment. »
— Xanaé Bové, 2018