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03.12.2022 - 21.01.2023
Basses Lumières

La galerie Intervalle expose pour la première fois le travail de Caroline Corbasson qui propose avec « Basses Lumières » un projet réalisé en collaboration avec Andréa Montano.


Caroline Carbosson (1989, Fra) est la petite fille d'un des protagonistes de la fondation de la société Angénieux, créée en 1935 et réputée depuis près d'un siècle pour la fabrication d'objectifs photographiques et cinématographiques. Diplômée de Saint Martin School, London et de l'ENSBA Paris, Caroline Corbasson appartient à la jeune génération d’artistes qui marient la réalité physique et les cultures humaines. Elle décrit le monde actuel, ses sociétés, ses cultures, à partir des matières qui le composent, et non plus à partir de données purement sociales ni même humaines. Sans revendiquer la posture du scientifique, l’artiste explore la façon dont l’observation de l’espace et le perfectionnement des outils astronomiques ont provoqué une rupture entre la perception immédiate, celle de l’individu moyen, et celle des scientifiques. Ses dessins, photographies, sculptures et vidéos scrutent minutieusement cette étendue, mettant en rapport l’infiniment grand, dont l’évolution remonte à une période anté-culturelle, et la profondeur de l’infiniment petit, perceptible grâce aux outils de la science.

"Basses Lumières" propose de faire l’expérience vertigineuse du temps grâce à la lumière, même infime, que nous percevons de l’univers. Le voyage effectué entre la surface des étoiles et notre rétine est très long. La lumière du soleil met 8 minutes à nous parvenir. Le soleil que nous voyons est donc le soleil d’il y a 8 minutes. Lorsque nous levons les yeux au ciel, nous voyons les étoiles telles qu’elles étaient il y a 10, 50, 1000 ans et bien plus. La lumière stellaire nous plonge dans un passé très lointain qui dépasse souvent notre naissance, celle de l’humanité ou l'apparition de la terre, ce qui invite à l’humilité et au ravissement. Caroline Corbasson et Andréa Montano célèbrent cette distorsion temporelle et les poussières d’étoiles que nous sommes à travers l’infiniment grand dans la série Heat et l’infiniment petit avec les tirages au charbon de Tracks.



Heat


En 2020, le Laboratoire d'Astrophysique de Marseille lègue à Caroline Corbasson, alors artiste en résidence, une archive photographique composée de 42 plaques de verre et 71 négatifs argentiques. Ces documents témoignent d'observations réalisées entre 1962 et 1978, dont les négatifs, aujourd'hui obsolètes, avaient été oubliés depuis plusieurs dizaines d'années. Touchée par la beauté de cette collection, Caroline Corbasson décide, en collaboration avec Andrea Montano, photographe avec qui elle collabore régulièrement, de construire un projet artistique d'envergure lui rendant hommage. Ils souhaitent, par un jeu de couleurs évocatrices des températures extrêmes de l'espace, faire revivre ces images du ciel lointain en les exploitant sous des formes nouvelles, détachées de toute exigence scientifique. Ils conçoivent ainsi en 2020, une première série de tirages photographiques couleur exposés à l'occasion de son exposition personnelle Pollen à la galerie Laurence Bernard à Genève en septembre 2020. Le projet s'est développé jusqu'à aujourd'hui, où plus de cinquante tirages couleur uniques ont été réalisés et dont la plupart est ici exposée à la galerie Intervalle.



Tracks


Caroline Corbasson et Andréa Montano s'associent en livrant un travail unissant deux sciences a priori éloignées : l'astrophysique et la botanique. Ces deux champs de recherche leur inspirent une série photographique intitulée «Tracks» (rails, chemins, traces). Les tirages au charbon révèlent une filiation lointaine entre le règne végétal et le règne minéral. Passées sous une lumière noire, les pétales d'une fleur se parent de tâches phosphorescentes résultant du phénomène de pollinisation, mais qui sous l'objectif des artistes deviennent les traces séminales des astres sur leurs progénitures terrestres.


Textes rédigé par les artistes sur la série Heat :


Andrea Montano
« Ce projet nait d’une rencontre avec des négatifs. Caroline a reçu une boîte de films noir et blanc, issus d’une technologie dépassée. Je me souviens d’ouvrir une boîte de négatifs où la poussière et les étoiles se superposaient et se confondaient. L’infiniment grand et l’infiniment petit, les thèmes de Caroline, m’ont sauté aux yeux. J’avais envie de voir tout ça en grand, de les faire exister pour de vrai. D’avoir des étoiles dans les mains, en papier et en couleur.

Caroline Corbasson
« La série Heat, réalisée à quatre mains, nous a permis de rendre hommage à une archive photographique qui nous avait été léguée par le laboratoire d’Astrophysique de Marseille il y a quelques années lors d’une résidence. Une centaine de négatifs nie et blanc, du ciel. Galaxies, nébuleuses, étoiles des images aujourd’hui délaissées, obsolètes, car largement « dépassées » en matière de précision. Ces négatifs qui sommeillaient depuis de nombreuses années ont renoué avec la lumière, leur matière première. Libérées de leur exigence scientifique, elles donnent à voir un ciel évocateur, poétique : autant de fenêtres sur un univers qui malgré les avancées technologiques, demeure insondable.

Andrea Montano
Habituellement, je tire mes négatifs, mes photos ; des visages et des paysages. Ici, pour la première fois, il s'agit de négatifs étrangers. Je n’ai pas de sentiment de loyauté envers le moment de la prise de vue. Qui plus est ce ne sont pas des images de la terre, d’un réel que je comprends. Je suis dans l’espace, libéré d’un cadre de prise de vue terrain, réaliste. Ces négatifs m’ont permis de faire en profondeur ce que j’avais toujours pressenti, expérimenté dans le labo; Des aplats de couleurs parfaites, éclatantes, organiques, qu’offre le tirage chromogène; j’étais libre et excité de faire des tirages selon les couleurs qui nous plaisent, sans aucune limite. Choisir la couleur du ciel et des étoiles. »

Caroline Corbasson:
Plongée dans le noir absolu. Il faut mémoriser les gestes, compter les temps d’exposition, connaitre l’emplacement de chaque bouton de l’agrandisseur. Manipuler des négatifs du ciel lointain dans l’obscurité opaque du laboratoire a quelque chose d’assez mystique. Après avoir exposé le papier photosensible, il y a l’attente, l’impatience de voir : puis le moment sacré de la révélation. Une image apparait, chimique, tangible. Je me suis souvent sentie reliée aux astronomes, qui dans l’obscurité de leurs coupoles, produisirent les négatifs que nous avons employés. Les longues heures passées avec Andrea dans ce laboratoire ont vu se succéder des émotions diverses ; excitation, déception, doute, curiosité, confiance… Se fier à nos intuitions, avancer à tâtons dans le noir, échouer, recommencer. Je dois reconnaitre que certains ratages ou accidents techniques ont trouvé grand intérêt à mes yeux : des tirages ayant subi une fuite de lumière, semblable à une brûlure, ou des tirages exposés trop longtemps, d’un noir profond. Le laboratoire est un espace plein de promesses, de moments de grâce. »