Olivier Degorce
Olivier Degorce est un photographe documentaire français dont le travail explore depuis plusieurs décennies les scènes musicales, les cultures alternatives et les communautés qui les font vivre. Dès la fin des années 1980, il photographie les nuits parisiennes et les débuts de la culture rave, au plus près de celles et ceux qui expérimentent de nouvelles formes de fête et de sociabilité.
Dans ce texte, Olivier Degorce revient sur ses premières expériences Acid House et sur les conditions dans lesquelles il a commencé à photographier les raves :
« J’ai atterri dans les premières soirées Acid House vers 1987-1988 à Paris. J’avais 20 ans. Ce fut un véritable choc. Cette musique n’avait aucun équivalent dans ce que ma génération avait pu entendre jusque-là. Quand le phénomène des raves s’est accentué, je suis allé en soirée, toujours muni d’un appareil de poche. Prendre des photos était une façon de garder une trace de ces moments uniques.
J’étais là au bon moment et certainement le seul à photographier de manière systématique. Collecter des portraits de personnes jouant des disques pressés à seulement 100 ou 500 exemplaires, des vinyles sans pochette ni visuel, me fascinait. Il y avait quelque chose de paradoxal dans le fait de faire ces photos : nous étions tous là incognito, autant le public que les DJ, qui se moquaient bien d’être vus ou regardés.
Ces fêtes étaient totalement underground, leur organisation interdite. Les images ont été réalisées dans des lieux qui, pour la plupart, n’étaient pas dédiés à la fête : entrepôts désaffectés, friches industrielles, péniches ou sous les ponts de Paris. Le côté “on vient comme on est” contrastait avec les apparats des tenues des boîtes de nuit alors en vigueur.
Je suis rarement revenu d’une soirée avec plus de quinze photos. Deux ou trois d’un DJ, parfois une seule. Aucune retouche numérique n’a été effectuée, ni aucun recadrage. Ces images sont montrées telles qu’elles ont été prises.
Je n’ai aucun fétichisme à utiliser le noir et blanc et j’ai toujours préféré les couleurs, même fades. Si certaines de ces photos ont été réalisées en noir et blanc, c’était pour des raisons purement pratiques : Coda Magazine, le premier magazine parisien consacré aux musiques électroniques, avec lequel j’ai collaboré dès le premier numéro, était imprimé en noir et blanc. »
— Olivier Degorce